Les bases théoriques

Les bases théoriques du bilan personnel

Le rôle de la motivation dans le bilan personnel

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L’importance de l’identité dans la construction d’un projet tel que le bilan personnel est une des raisons qui nous poussent à accorder à la motivation un rôle central lors de la première phase de l’orientation: « la phase du bilan personnel ».

En effet, il nous semble que le fait de s’interroger en premier lieu sur ses motivations a un triple intérêt :

  • centrer l’orientation sur soi, son identité « profonde» et non sur l’image sociale actuelle.
  • ne pas limiter l’orientation à l’utilisation d’aptitudes ou de com­pétences, ce qui est la tendance la plus fréquente.
  • donner à l’individu des arguments forts et personnels qu’il pourra utiliser pour convaincre et pour négocier son projet.

Mais tout d’abord, comment définir la motivation? La motivation est :

  • une force psychique,
  • issue de la convergence entre désir et aspirations,
  • influencée par l’image de soi et les représentations familiales de l’avenir « normal et attendu» (scénario familial), qui pousse l’individu à se représenter des buts et des projets, et lui permet de faire des choix et des expériences.

La motivation est donc à la croisée de ce qu’il y a de plus personnel et de plus social, de plus intérieur et de plus déterminant pour l’action.

Nous donnons à la motivation un sens « fort» et décisif par rapport aux grands choix de la vie. Le fait de décider d’aller au cinéma ou de rester regarder la télévision le samedi ne rentre pas pour nous dans ce cadre, nous parlons alors d’envie. En revan­che, la motivation influence le choix d’une carrière, un changement de métier, un mariage ou un divorce, l’achat d’une maison …

La motivation concerne le fait qu’à certains moments de notre vie, nous nous sentons en accord avec nous-mêmes, nous avons le sentiment de faire ce qui nous correspond en profondeur. Nous l’exprimons alors par le fait de se sentir dans sa voie, d’avoir trouvé ce qui nous correspond le mieux, de ne pas hésiter dans nos choix … La plupart du temps, ce sentiment évolue et ce qui nous correspon­dait à trente ans peut ne plus avoir le même impact à quarante. La motivation évolue, en particulier sous le coup de l’expérience, elle se transforme au rythme de nos désirs et de nos aspirations, au rythme de nos réussites et de nos échecs.

Si l’on accepte cette définition de la motivation, on comprend l’importance qu’elle a en situation d’orientation. Une décision prise en logique avec sa motivation permet a priori d’éviter d’avoir, six mois plus tard, le sentiment de s’être trompé de voie. Une personne qui bâtit un projet sur ses motivations et les intègre d’emblée dans ses choix explorera des pistes qui peuvent certes se révéler impossi­bles mais qui, au moins, ne risquent pas d’être rejetées en cours de route. Travailler un projet à partir de ses motivations, c’est lui don­ner une vraie chance d’être réalisé, même s’il paraît difficile. A l’inverse, un projet qui semble envisageable mais qui est sans rap­port avec la motivation a peu de chance d’aboutir.

Si l’on part du principe que la motivation est le socle sur lequel une démarche d’orientation doit se construire, il reste à élucider une question cruciale: chacun sait-il quelles sont ses motivations? La réponse est évidemment négative, d’autant plus que la situation d’orientation provoque justement la remise en question des motiva­tions. La grande difficulté à laquelle on se heurte donc est celle de l’expression des motivations actuelles et concernant l’avenir.

Cependant, la méconnaissance de la nature de ses motivations ne signifie pas une absence totale de motivation.

La perception de son identité dans le bilan personnel

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Diminuer l’anxiété face à l’avenir est une condition nécessaire mais non suffisante pour permettre la projection de soi dans le futur. Mais il est un constat que l’on peut faire régulièrement en situation d’orientation: c’est que l’identité est un des fils conducteurs de l’élaboration du projet. En effet, sans un sentiment d’identité clair, pas de projet possible; et en même temps, le projet passe nécessairement par une modification de la perception de son identité.

Sans rentrer dans des définitions techniques ardues, disons que l’identité est ce qui fait qu’il y a continuité entre l’image que j’ai de moi dans le passé, celle que j’ai aujourd’hui et celle que je pro­jette dans le futur. Bien sûr j’ai changé, je vais changer mais il reste « quelque chose de pareil» et ce quelque chose me définit comme spécifique, différent des autres.

A l’inverse, les individus qui ont du mal à cerner cette stabilité en eux, ont également du mal à se positionner vis-à-vis des autres et du monde extérieur, le monde du travail en particulier. Ils ont du mal à savoir ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent et ce qui compte vrai­ment pour eux. Nous voyons apparaître là le thème des motivations que nous développerons plus loin. Il est clair qu’identité et motiva­tions sont intimement liées.

Quand il y a problème d’identité, la projection dans le futur devient acrobatique: comment s’imaginer plus tard si l’on n’est pas au clair avec ce que l’on est dans le présent? L’identité est en fait le fil d’Ariane qui permet de rendre la projection crédible à ses propres yeux. En effet, pour que le mécanisme de la projection soit efficace et permette l’élaboration du projet, il faut que l’image de soi que l’on projette dans le futur soit suffisamment cohérente avec l’image actuelle.

Si l’image projetée est incohérente, idéalisée ou au contraire ridi­culisée, le projet restera lettre morte, extérieur à l’individu, et ne parviendra pas à le mettre en action.

La difficulté en situation d’orientation est de capter un senti­ment d’identité suffisamment stable pour permettre une projection dans le futur tout en sachant que la demande de l’orientation contri­bue à modifier l’identité. De là un paradoxe important à prendre en compte dans l’élaboration d’outils d’aide à l’orientation: comment utiliser au mieux le sentiment de permanence pour faire bouger les représentations de soi et leur permettre de déboucher sur un projet à la fois fidèle et différent?

Il nous semble que ce paradoxe se résout en partie dans le tra­vail sur les motivations que l’on demande aux personnes d’effectuer.

Les motivations ont cette caractéristique d’être à la fois intimement liées à l’identité et profondément dynamiques et protéiformes en même temps. De là leur capacité d’être en même temps révélatrices de sta­bilité et de mouvement.

On comprendra au travers de ces difficultés « techniques » que des populations comme les jeunes adolescents (classe de troisième en particulier) sont extrêmement difficiles à aider quant à leur orien­tation. Ils vivent de manière exacerbée cette problématique: l’image d’eux-mêmes est physiquement instable et psychologiquement incer­taine. Comment alors être sûr de ce qui est soi? De là entre autres leur difficulté à se projeter dans l’avenir. A la question « Comment vous voyez-vous dans dix ans? », ils offrent des réponses stéréoty­pées et vides de contenu personnel. Et la projection à cinq ans, qui renvoie donc au choix des études ou du métier, rencontre peut-être une difficulté encore plus grande, car elle est trop proche pour auto­riser les clichés protecteurs.

L’anxiété face à l’avenir du bilan personnel

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La perception de l’avenir joue un rôle important dans la capa­cité de se projeter. Il semble important de pouvoir imaginer un contexte avant de se voir dans ce contexte. Si la représentation de l’avenir est floue ou confuse, elle brouille le mécanisme de la projec­tion ou le rend essentiellement négatif et désespéré. Le contexte per­met de faciliter la projection car il permet en quelque sorte de se situer par rapport à des points de repère concrets. En effet, s’imaginer dans le futur, c’est imaginer le futur et soi dans ce futur. Derrière le mot de « futur », il y a donc nécessité de dessiner un cadre concret. La tendance la plus naturelle pour dessiner ce cadre est d’utiliser les infor­mations du présent, et de les transposer dans l’avenir. Le futur se construit donc à partir de références actuelles. Plus le cadre sera perçu clairement dans le présent, plus il devrait être facile de le redessiner dans le futur.

Cela explique sans doute que le problème de la projection soit particulièrement exacerbé dans le cas des jeunes sans qualification à la recherche de leur premier emploi. La représentation du présent n’étant pas bien maîtrisée ou l’étant à partir d’images particulière­ment négatives, le contexte futur devient simpliste, irréaliste et irréel, soit en négatif soit en positif. En parallèle, ces jeunes produisent une image d’eux-mêmes extrêmement floue. Il faut plutôt parler d’une absence d’image que d’une image négative. S’imaginer dans cinq ans ou dans dix ans semble un exercice intellectuel très difficile.

Autre exemple, celui des salariés en situation de chômage après avoir travaillé longtemps dans une même grande entreprise protec­trice. Le simple fait d’imaginer un futur hors de « la boîte» est tellement anxiogène qu’il semble par ricochet également impossible de s’imaginer soi-même dans l’avenir. Ici aussi, il semble que tous les points de repère soient liés à un univers précis et que, en dehors de cet univers, le présent n’offre pas suffisamment de prise pour for­mer le support de projections claires dans l’avenir.

Nous avons pris deux exemples outrés mais en fait cette difficulté à se projeter se rencontre très souvent dans les cas où, le présent étant mal maîtrisé, l’avenir est incertain et inconnu. Plus l’univers actuel est ressenti comme étroit et fermé, plus l’individu est en situation de dépendance par rapport à cet univers et plus son appréhension de l’avenir est grande. De même, plus les informations sur l’avenir sont floues et imprécises, plus cette appréhension a tendance à aug­menter, jusqu’à bloquer les mécanismes de projection.

Or, on ne peut se cacher que cette situation concerne une grande majorité des cas d’orientation aujourd’hui, à savoir l’orientation en période difficile. L’orientation telle que nous la préconisons, régu­lière et hors situation de crise, n’est pas encore assez développée pour que l’on puisse savoir si elle dédramatise la représentation de l’ave­nir et facilite donc les mécanismes de projection.

Que faut-il conclure du rôle du contexte sur l’orientation? Tout d’abord, la façon dont le présent est vécu a des répercussions impor­tantes sur la capacité de se projeter. Cela fait allusion en particulier au degré d’autonomie et de liberté qui est au départ laissé aux sala­riés. S’ils sont depuis longtemps en situation d’assistés, si depuis long­temps « on pense pour eux », alors il ne faut pas rêver, la projection dans l’avenir sera d’autant plus difficile.

Ensuite, il est clair que les informations données par l’entreprise et l’environnement vont jouer un grand rôle sur l’attitude psycholo­gique face à l’orientation. Une entreprise muette sur son avenir rend extrêmement difficiles les démarches d’orientation de ses salariés. Une information globale sur l’entreprise dans les cinq ans peut jouer un rôle déclencheur dans l’orientation.

Mais cela ne signifie pas que les informations peuvent rempla­cer l’orientation. Cette tentation existe dans de nombreuses entre­prises: en saturant les salariés d’informations on pense qu’ils auront un beau jour un« déclic» d’où surgira le projet miraculeux. Or tous les travaux de psychologie cognitive l’ont montré : si l’on ne sait pas quelle information l’on cherche, on a peu de chance de la trouver. Ainsi un enfant à qui on demande de chercher une infor­mation sur un métier ne peut la trouver s’il n’a déjà une représenta­tion de ce qu’est un métier, du type de métier qu’on lui demande de repérer, du type d’indicateurs à l’intérieur du métier qu’il doit prendre en compte …

Concernant l’orientation dans l’entreprise, on peut donc distinguer deux types d’informations:

  • celles qui ont pour but de faciliter une représentation claire de l’avenir et donc l’élaboration d’un préprojet professionnel indi­viduel; elles doivent exister en amont de la démarche d’orientation.
  • celles qui permettront de transformer le préprojet en projet; elles doivent exister en aval de la première phase que nous présentons ici; elles pourront être triées par l’individu grâce au filtre de son préprojet; elles ne jouent pas un rôle déterminant dans la capa­cité de se projeter.

Quel que soit l’impact des informations reçues de l’entreprise ou de l’extérieur, même si elles contribuent à donner une vision non angoissante de l’avenir, il est clair que la psychologie individuelle joue ici un rôle. La façon, notamment, dont l’avenir a été présenté par le milieu familial, peut générer ou non de l’anxiété, indépendamment des informations rationnelles. Du reste, la caractéristique psycholo­gique « anxiété» se décrit en partie par la perception de l’avenir. Il y a donc une corrélation très forte entre le niveau d’anxiété et la manière d’appréhender l’avenir et donc la capacité de se projeter.

Cela est une donnée importante pour nous. En effet si l’on part du principe que l’orientation est souvent vécue en tant que telle comme une situation angoissante, on comprend que les outils proposés ne doivent pas, en plus, être source d’anxiété, à moins d’augmenter l’impact négatif de la situation et risquer de bloquer les mécanismes psychologiques qui sont à la base de la démarche. Cela expliqué notre volonté de donner à notre outil une forme est plus ludique que sco­laire. Par le biais du jeu, on peut diminuer ce facteur d’anxiété inhé­rent à la situation. Et cela est d’autant plus fort que le jeu est actif: il induit un « travail» qui lui aussi, grâce à l’action, diminue l’anxiété.

La nécessité de se projeter dans l’avenir dans votre bilan personnel

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La motivation est l’axe central qui permet d’élaborer un projet, la prise en compte de la réalité extérieure à l’individu ne doit pas intervenir trop tôt dans le processus d’élaboration du projet.

La recherche et l’expression des motivations nous semblent être les éléments essentiels qui permettront que s’élabore un préprojet.

Rappelons d’ailleurs que nous avons défini le préprojet comme un objectif à moyen terme capable de satisfaire les motivations d’un individu. Il a pour caractéristique de donner le sentiment d’une har­monie avec les désirs personnels, indépendamment des questions: « Est-ce possible? » ou « Est-ce réaliste? ». Le préprojet part réel­lement de l’individu et forme le soubassement sur lequel pourra s’édi­fier le projet. On en rencontre régulièrement chez les enfants qui ont un bon niveau de confiance en eux : vouloir être pompier, médecin ou maîtresse d’école ne correspond que très rarement à quelque chose de réaliste mais permet d’exprimer à la fois des fantasmes et des repré­sentations de soi dans la réalité qui sont éminemment constructives pour un enfant. Leur signification est beaucoup plus forte que celle du métier apparemment exprimé puisqu’ils permettent une projec­tion de soi dans le futur, image idéale certes mais image positive, parce que active et structurée.

La projection dans l’avenir dans votre bilan personnel

En fait, cette faculté de se projeter est la base même de toutes les démarches d’orientation. Impossible de construire un projet si l’on ne parvient pas à s’imaginer dans le futur. L’étymologie – projet, projeter – confirme bien cette nécessité. La projection est le méca­nisme psychologique indispensable à l’élaboration d’un projet.

Le mécanisme de la projection de soi dans l’avenir est un phé­nomène complexe qui met en jeu des données multiples. Nous ne retiendrons ici que deux axes de recherche : l’anxiété et l’identité.

De plus c’est vraiment autour de ces deux axes que l’on rencon­tre le plus de blocages en situation d’orientation. Il nous semble donc légitime de s’interroger sur leur rôle dans le bilan personnel. De plus, la difficulté à se projeter semble particulièrement forte pour ceux qui sont en situation d’urgence face à la démarche proposée.

Ces cas sont presque toujours liés à deux types de situation : une anxiété très forte sur l’avenir en général et le contexte pro­fessionnel en particulier, ce que l’on pourrait qualifier, pour aller vite, de « problèmes d’identité ».

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